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L’Australie du futur sera une mosaïque raffinée

Il vous faut abandonner le stéréotype du vin de masse et des rouges musclés durant cet entretien que j’ai eu avec Brian Walsh, Président de Wine Australia et son collègue Walter Speller qui a suivi le projet Italian Grape Varieties.

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« Notre objectif est celui de changer la perception du public qui pense que l’Australie vend uniquement des vins pas chers et cuits par le soleil à la grande distribution. Aujourd’hui nous misons sur une tranche de consommateurs plus avertis et à gagner la confiance des sommeliers avec des vins surprenants qui expriment leur terroir d’origine ».

awbcVoici le tableau, nettement différent, que nous pourrons admirer d’ici quelques années selon Brian Walsh, Président de Wine Australia et aussi responsable technique de Yalumba, la plus ancienne des maisons viticoles familiales australiennes.

Quelles stratégies ? Plus de qualité et de terroir.

On compte aujourd’hui 65 zones viticoles en Australie, desquelles 30 jouissent d’un climat plus frais qu’à Bordeaux. Il ne faudra donc pas s’étonner si la métamorphose citée ci-dessus finira par aboutir. Le nouveau plan stratégique jusqu’en 2020 prévoit des investissements à hauteur de 175 millions de dollars australiens (soit 126 millions d’euros) et l’organisme qui s’y consacre est bel et bien Wine Australia, fondé en 2013, presque à cheval entre ces deux très différents paradigmes stratégiques. D’où peut-être, la décision d’atteindre deux objectifs ambivalents : le premier est celui d’augmenter le prix moyen (se référer à la « premiumization » dont on parle beaucoup dernièrement), le deuxième est celui d’être encore plus compétitifs dans la tranche des “entry level”.

3 les fonctions de cet organisme, qui jouit de financements publics et privés selon la règle très sensée du « 1 dollar public pour 1 dollar privé » : la promotion (avec 7 millions de dollars annuels), la recherche&développement (avec 25 millions) et la réglementation.

Concernant la recherche, l’attention est tournée principalement vers le problème du « smokey taint » soit le gout de bois brulé que l’on retrouve dans le vin à cause des nombreux incendies qui étouffent les vignes, mais la recherche regarde aussi aux formes d’élevage les plus adaptées à la viticulture locale ou bien aux levures à sélectionner pour les fermentations à haute température. Il me parait évident que Brian parle encore des zones les plus chaudes où se concentre la majeure partie de la production.

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Nous essayons des variétés classiques mais aussi des cépages “confidentiels”.

Notre dialogue continu en évoquant le récent intérêt des œnologues australiens pour les cépages autochtones italiens. Brian nous confirme que « les producteurs sont en train de chercher des variétés plus adaptées au climat et vue qu’en Australie nous n’avons pas un système de réglementation aussi rigide qu’en France ou en Italie, les producteurs sont libres de tout essayer. Il s’agit tout de même d’une petite niche encore, exception faite pour le phénomène Pinot Grigio ».

Les perspectives sont en train de changer, il s’agit maintenant de donner plus d’importance aux zones viticoles qu’aux cépages, mais le changement de la base ampélographique d’une zone n’est pas chose simple, il ne suffit pas de planter de l’Aglianico à la place du Cabernet même si le premier résulte plus adapté.

On peut aussi se rendre compte des changements de style en cours sur une base plus classique, celle da la Shiraz par exemple, qui se présentait robuste dans la Barossa Valley et qui aujourd’hui présente des notes plus fraiches et poivrée sur des zones émergentes telles que Heathcote (Victoria) ou Canberra (New South Wales). Ou bien encore le Grenache qui passe d’un style très Rhône à des vins si clairs et élégants qu’ils rappellent le Pinot Noir.

Nos autochtones supportent bien le chaud et la sècheresse.

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Le deuxième Cicéron de ce voyage est Walter Speller, le correspondant en Italie de JancisRobinson, qui a suivi en détail le programme Italian Grape Varieties in Australia voulu par l’association 21st Century/Vino qui encourage le développement de l’œnologie australienne en délaissant l’approche plus homogène qui voit toujours au premier plan cette même poignée de cépages français plantés un peu partout dans le monde et se tourne vers des choix moins évidents, plus régionaux et médités. En effet nous parlons là de cette fameuse niche précédemment citée, mais qui a de plus en plus d’autorité et dont certains sont même des extrémistes, des “left-field“, des progressistes ouverts à toute nouveauté.

Cette campagne de sensibilisation aux cépages autochtones italiens est conduite sur place par la famille Chalmers, le principal fournisseur de ces variétés avec une pépinière dans le Riverland et qui élève, distribue et promeut la biodiversité italienne. Il est évident qu’ils ont des intérêts purement économiques, mais cela n’enlève en rien à la qualité de certaines de leurs propositions.

Les Chalmers ont commencé en travaillant avec les pépinières coopératives de Rauscedo, le principal fournisseur italien de greffons (et l’un des plus gros au monde) dès 1980 en important en Australie les variétés italiennes. L’année 2009 fut fondamentale car à cause de la chaleur atroce, les cépages français souffrirent de sécheresse alors que les italiens (Vermentino, Sagrantino, Nero d’Avola) en ressortirent glorieusement. C’est à partir de ce millésime que les antennes des producteurs se sont dressées jusqu’à aboutir à des certitudes telles que le Fiano, connu désormais en Australie pour garder toute sa fraicheur et acidité, la poule aux œufs d’or dans certains climats.

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Avec lui nous dégustons 11 vins de « deuxième génération » issu de cépages/parents italiens mais né et élevés en Australie. Je termine donc ces entretiens en reportant fidèlement mes notes de dégustation sur des vins simples et très loin de nos styles européens et d’autres stupéfiants en attendant d’aller sur place dans moins d’un mois… #australiaimcoming !!!! (propos recueillis à Londres en Janvier 2017)

LES BLANCS :

Vigna Bottin, Vermentino 2014, McLaren Valley, South Australia : Fruité intense, pomme et poire, touche de vanille (bois). Légère oxydation et hydrocarbures. En bouche il est chaud et agréable mais il manque de structure et de corps. Finale toute sur la poire. 80/100

Luccio, Fiano Pikes 2015, Clare Valley, South Australia : Nez typique d’amende, poire et pierre à fusil. La bouche est pleine, ronde, équilibrée. 85/100

Chalmers, Fiano 2012, Heathcote, Victoria : produit à 250 mètres d’altitude. 30% barriques de deuxième passage, 70% inox. Levures indigènes et élevage sur lies pendant 9 mois + un an en bouteille. Le nez est légèrement réduit, notes de souffre sous lesquelles poussent les agrumes, zest de citron. La bouche est très fraiche. 90/100  

Crittenden Estate, Oggi 2012, Morning Peninsula, Victoria : assemblage de Friulano, Savagnin et Arneis. Nez de pèche, cire d’abeille et pierre à fusil. La finale en bouche est mielleuse. Il fermente en cuve ouverte via des levures indigènes sans contrôle de la température, ensuite il passe en barrique de deuxième passage pour un élevage sur lies de 10 mois. Loin des clichés. 92/100

Brash Higgins, Ricca Terra Farms ZBO Zibibbo 2014, Riverland, South Australia : le raisin est transporté sur plus de 500 km en camion réfrigéré, ensuite il fermente en amphore sur lies pendant 9 mois. Nez pyrotechnique, agrumes +++, écorce d’orange et rose. En bouche il marque par sa grande structure et chaleur mais bien équilibré avec l’acidité et les notes herbacées. 93/100

LES ROUGES :503710

Tscharke, Project Montepulciano, Marananga 2014, Barossa Valley, South Australia : fermentation spontanée des grappes entières en cuves ouvertes. Sans filtration et avec un ajout minimum de sulfites. Production = 1600 blles… Et là c‘est le terroir qui émerge, un Barossa à 100%, juteux, avec un nez confituré de cerise mais aussi des épices, balsamique, avec cette touche typique de cuir. 94/100

Fighting Gully Road, Sangiovese 2013, Beechworth, Victoria : Nez linéaire typique du cépage, terreux avec des notes de griotte. Frais en bouche, tannins souples et murs. Il n’a pas une grande profondeur mais il présente une touche australienne plutôt sympathique et fruité. 90/100

Pizzini, Forza di Ferro Sangiovese 2013, King Valley, Victoria : un deuxième Sangiovese en provenance cette fois de sols très riches en fer. Son caractère est plus évident que dans le précédent. Au nez il offre des fruits noirs, poussière de grès, cannelle. En bouche les tannins sont fins et bien définis. 92/100

Casa Freschi, Nebbiolo 2012, Langhorne Creek, South Australia : trop de caramel et de fruits mûrs, je crois que la bouteille a un défaut. 85/100

Brash Higgins, NDV Amphor Project 2014, McLaren Valley, South Australia : Un autre extrême, 180 jours sur les peaux pour cet Aglianico. La couleur est magnifique, au nez gingembre et rose, exotique, avec quelques notes de feuille de tomate, les tannins sont rustiques. En bouche il est très herbacé. 87/100

Amadio, Heritage Selection Sagrantino 2012, Barossa Valley, South Australia : Nez toasté, café au lait, vanille et caramel mou. Le cépage se révèle seulement dans la texture et la quantité de tannins qui rendent ce vin particulièrement riche en bouche mais très peu équilibré. 78/100

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